- PépigomNiveau 3
Voilà... Je ne sais pas si je manque cruellement de culture ou que je n'ai tout simplement pas l'art et la manière de présenter les choses, mais je cherche des anecdotes amusantes sur des auteurs, l'histoire littéraire, etc. qui donneraient un peu de peps à mon cours de temps à autre, réveilleraient certains élèves déjà plongés d'ans l'hibernation intellectuelle, attiserait la curiosité des autres... bref des petites digressions marquantes. Je sais bien que la plupart du temps ces anecdotes viennent à l'esprit dans le feu de l'action, mais si vous en avez une ou deux sous la main, ça m'intéresse !
- CircéExpert
Oui, ce topic est vraiment une très bonne idée !
Je ne sais pas ce qui relève de la culture littéraire ou de l'anecdote pure mais on peut déjà commencer avec:
- Proust: "les paperolles" sont une invention de sa gouvernante. N'ayant plus de place pour faire ses corrections sur la page d'écriture, elle a eu l'idée de rajouter quelques bandes de papier afin qu'il puisse continuer à annoter et corriger ses manuscrits...pour illustrer notamment le bon usage du brouillon et que le travail de l'écriture...et ben c'est du travail !!
- Flaubert et l'épreuve du gueuloir: Flaubert avait pour habitude de s'époumonner sur ses pages d'écriture afin d'éprouver son texte et de se rendre compte des sonorités. (Les élèves me regardent avec la berlue quand je leur raconte ça!! )
- Zola et le train: Zola aimait tellement le chemin de fer qu'il a acheté une propriété en bord de voie où il conviait ses amis le dimanche à venir admirer le train entrant et/ou sortant de la gare. Il avait même fait couper les arbres du fond du jardin pour avoir un meilleur point de vue...ben s'il savait!!
Je ne sais pas ce qui relève de la culture littéraire ou de l'anecdote pure mais on peut déjà commencer avec:
- Proust: "les paperolles" sont une invention de sa gouvernante. N'ayant plus de place pour faire ses corrections sur la page d'écriture, elle a eu l'idée de rajouter quelques bandes de papier afin qu'il puisse continuer à annoter et corriger ses manuscrits...pour illustrer notamment le bon usage du brouillon et que le travail de l'écriture...et ben c'est du travail !!
- Flaubert et l'épreuve du gueuloir: Flaubert avait pour habitude de s'époumonner sur ses pages d'écriture afin d'éprouver son texte et de se rendre compte des sonorités. (Les élèves me regardent avec la berlue quand je leur raconte ça!! )
- Zola et le train: Zola aimait tellement le chemin de fer qu'il a acheté une propriété en bord de voie où il conviait ses amis le dimanche à venir admirer le train entrant et/ou sortant de la gare. Il avait même fait couper les arbres du fond du jardin pour avoir un meilleur point de vue...ben s'il savait!!
- marininhaHabitué du forum
Ah là là, vous en avez de la chance. Moi je ne me risque plus aux anecdotes; à chaque fois que j'en raconte une, mes élèves me demandent une foule de détails que je ne connais pas... Ben non, ce sont des anecdotes... (notamment cette histoire d'"autoproclamation marquis" de Mr de sévigné...)
- CircéExpert
marininha a écrit:Ah là là, vous en avez de la chance. Moi je ne me risque plus aux anecdotes; à chaque fois que j'en raconte une, mes élèves me demandent une foule de détails que je ne connais pas... Ben non, ce sont des anecdotes... (notamment cette histoire d'"autoproclamation marquis" de Mr de sévigné...)
Hihihi, moi je botte en touche en rétorquant le plus sérieusement du monde que j'arrête là les digressions ...
- marininhaHabitué du forum
c'est vil... ça me plait!
- PoupsSage
Justement, vous les trouvez où toutes ces anecdoctes ?
- Kan-gourouFidèle du forum
George Sand avait écrit à un ami qu'elle venait de rencontrer le pire écrivain qui puisse exister. Cet écrivain, c'était ... Stendhal !
Des anecdotes, il y en a plein dans La Littérature française pour les nuls.
Des anecdotes, il y en a plein dans La Littérature française pour les nuls.
- PoupsSage
Merci PFC ! Je me suis posée la question et tu confirmes !PFC a écrit:George Sand avait écrit à un ami qu'elle venait de rencontrer le pire écrivain qui puisse exister. Cet écrivain, c'était ... Stendhal !
Des anecdotes, il y en a plein dans La Littérature française pour les nuls.
- miss teriousDoyen
Je vais mettre ce post en post-it, comme ça, on pourra le remplir au fur et à mesure et en garder trace.
J'ai parlé il y a peu à mes élèves de troisième du contexte du Feu de Barbusse. Je leur ai parlé de ce qui se passait à l'arrière et comment ce roman a été un révélateur, ce qui explique sa postérité. Ils ont apprécié (d'autant qu'il a en partie été rédigé à l'hôpital de Chartres, près de chez nous, donc...).
Ils aiment aussi - fait l'an passé - l'histoire des "amours" de Rimbaud et Verlaine.
Si j'en ai d'autres qui me reviennent, je repasse !
J'ai parlé il y a peu à mes élèves de troisième du contexte du Feu de Barbusse. Je leur ai parlé de ce qui se passait à l'arrière et comment ce roman a été un révélateur, ce qui explique sa postérité. Ils ont apprécié (d'autant qu'il a en partie été rédigé à l'hôpital de Chartres, près de chez nous, donc...).
Ils aiment aussi - fait l'an passé - l'histoire des "amours" de Rimbaud et Verlaine.
Si j'en ai d'autres qui me reviennent, je repasse !
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"Ni ange, ni démon, juste sans nom." (Barbey d'AUREVILLY, in. Une histoire sans nom)
"Bien des choses ne sont impossibles que parce qu'on s'est accoutumé à les regarder comme telles." DUCLOS
- CarabasVénérable
Hugo, devant le succès de Indiana de George Sand, se serait exclamé, avec toute sa mauvaise foi : "Et ma Notre-Dame de Paris, c'est une catin?"
Cf. Une histoire des haines d'écrivains, Anne Boquel, Etienne Kern.
Je l'imagine prenant le même ton que Coffe quand il s'écrie "C'est d'la merde!!"
Hugo devait être plus classe, mais bon...
Cf. Une histoire des haines d'écrivains, Anne Boquel, Etienne Kern.
Je l'imagine prenant le même ton que Coffe quand il s'écrie "C'est d'la merde!!"
Hugo devait être plus classe, mais bon...
- PoupsSage
Merci Carabas !Carabas a écrit:Hugo, devant le succès de Indiana de George Sand, se serait exclamé, avec toute sa mauvaise foi : "Et ma Notre-Dame de Paris, c'est une catin?"
Cf. Une histoire des haines d'écrivains, Anne Boquel, Etienne Kern.
Je l'imagine prenant le même ton que Coffe quand il s'écrie "C'est d'la merde!!"
Hugo devait être plus classe, mais bon...
- sabNiveau 5
A propos du Lys dans la vallée: la pure madame de Meursauf meurt d'une maladie mystérieuse. En fait, Balzac décrit tous les symptômes de la syphilis (dixit un de mes profs à la fac).
- ysabelDevin
Diderot parlant de Rousseau : "Il n'y a que le méchant qui soit seul."
On sent que la brouille était violente...
On sent que la brouille était violente...
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« vous qui entrez, laissez toute espérance ». Dante
« Il vaut mieux n’avoir rien promis que promettre sans accomplir » (L’Ecclésiaste)
- ysabelDevin
sab a écrit:A propos du Lys dans la vallée: la pure madame de Meursauf meurt d'une maladie mystérieuse. En fait, Balzac décrit tous les symptômes de la syphilis (dixit un de mes profs à la fac).
Ben oui, elle l'a ; c'est son mari qui lui a refilé... d'où les gamins maladifs.
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« vous qui entrez, laissez toute espérance ». Dante
« Il vaut mieux n’avoir rien promis que promettre sans accomplir » (L’Ecclésiaste)
- moonGrand sage
Hugo, toujours...vouait une saint haine à sainte-beuve, qui fut l'amant de sa femme bien avant que lui-même ne connût juliette drouet ( c'est bien cela, le nom?)...quand on voit la liste de ses maîtresses, cela me fait beaucoup rire que sa femme ait pris les devants.
- moonGrand sage
Flaubert et Musset ont eu en commun Louise Colet comme maîtresse ( mais bon,il fallait bien que le pauvre se fît consoler de ses amours malheureuses). D'ailleurs quand celui-ci est mort, il y a eu bataille littéraire entre Sand et Colet, les deux s'empressant de jeter sur la place publique leurs amours romanesque. Quel succès, ce Musset!
Et si je ne m'emmêle pas les pinceaux, c'est donc Colet qui a "initié" Flaubert à l'amour ; à l'époque elle était plus âgée et plus connue que lui. Mais elle s'est fait prendre à son propre jeu, lui n'en ayant que pour sa littérature - et son gueuloir, donc. J'ai entendu des extraits de leur correspondance, et je crois que je vais essayer de la trouver quelque part....
Pour finir sur Flaubert, il était complétement accro au café.
J'espère que je me suis pas trop embrouillée
Et si je ne m'emmêle pas les pinceaux, c'est donc Colet qui a "initié" Flaubert à l'amour ; à l'époque elle était plus âgée et plus connue que lui. Mais elle s'est fait prendre à son propre jeu, lui n'en ayant que pour sa littérature - et son gueuloir, donc. J'ai entendu des extraits de leur correspondance, et je crois que je vais essayer de la trouver quelque part....
Pour finir sur Flaubert, il était complétement accro au café.
J'espère que je me suis pas trop embrouillée
- Reine MargotDemi-dieu
balzac carburait aussi au café et ne dormait que qques heures par nuit.
Mme de Mortsauf est en partie inspirée par Laure de Berny, sa 1ere maitresse plus âgée que lui...
Proust écrivait la nuit.
Hugo a perdu sa fille Léopoldine, noyée avec son mari lors d'une promenade en barque. depuis il s'est mis au spiritisme et faisait tourner les tables.
Il a eu une maitresse, Juliette Drouet, avec qui il a entretenu une liaison pendant 50 ans, et dans ses lettres elle l'appelle "Totor".
Maupassant détestait la Tour Eiffel à tel point qu'il changea d'appartement à Paris pour ne plus la voir.
Baudelaire, pour faire original, s'était teint les cheveux en vert et s'était rendu au salon de son ami maxime Du Camp, et paradait pour se faire remarquer. "j'ai les cheveux verts, et cela n'est pas commun", dit-il à Du Camp pour se faire remarquer, sans succès. Vexé, il est reparti sans avoir eu le succès escompté.
Molière a eu pour maitresses successives des actrices de sa troupe, la mère et la fille.
Zola était bigame: il avait une femme légitime et un autre foyer avec Jeanne Rozerot, dont il aura 2 enfants.
Mme de Mortsauf est en partie inspirée par Laure de Berny, sa 1ere maitresse plus âgée que lui...
Proust écrivait la nuit.
Hugo a perdu sa fille Léopoldine, noyée avec son mari lors d'une promenade en barque. depuis il s'est mis au spiritisme et faisait tourner les tables.
Il a eu une maitresse, Juliette Drouet, avec qui il a entretenu une liaison pendant 50 ans, et dans ses lettres elle l'appelle "Totor".
Maupassant détestait la Tour Eiffel à tel point qu'il changea d'appartement à Paris pour ne plus la voir.
Baudelaire, pour faire original, s'était teint les cheveux en vert et s'était rendu au salon de son ami maxime Du Camp, et paradait pour se faire remarquer. "j'ai les cheveux verts, et cela n'est pas commun", dit-il à Du Camp pour se faire remarquer, sans succès. Vexé, il est reparti sans avoir eu le succès escompté.
Molière a eu pour maitresses successives des actrices de sa troupe, la mère et la fille.
Zola était bigame: il avait une femme légitime et un autre foyer avec Jeanne Rozerot, dont il aura 2 enfants.
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Quand tout va mal, quand il n'y a plus aucun espoir, il nous reste Michel Sardou
La famille Bélier
- VioletEmpereur
Racine a été soupçonné d'avoir empoisonné sa maîtresse la Duparc, actrice piquée à la troupe de Molière. En fait, il semblerait qu'elle soit morte d'une fausse couche ou d'un avortement qu'il lui aurait demandé.
Si Abraxas se pointe ici, il va battre le record du post le plus long de l'histoire du forum !
Si Abraxas se pointe ici, il va battre le record du post le plus long de l'histoire du forum !
- nevermoreNiveau 10
Une pour les classiques. Cicéron, alors qu'il devait plaider son Pro Milone, était tellement impressionné par la foule, les soldats, les gros bras de feu Clodius, qu'il n'a pu que vaguement bafouiller quelques mots et se replier piteux. D'où la remarque acerbe de Milon, exilé à Marseille , disant qu'avec un si beau discours, il se retrouvait déjà dans le port de Marseille et qu'il n'imaginait pas ce qui aurait pu lui arriver si l'avocat avait été mauvais :lol:
- VioletEmpereur
Encore ! encore ! j'adore ce post !
- PépigomNiveau 3
Super ! Merci pour toutes ces anecdotes, c'est exactement ça que j'attendais ! J'ai hâte de parler de bigamie et de syphilis !
- PomNiveau 3
Sur Hugo, toujours...
Tout le monde connaît la fameuse lettre envoyée à Baudelaire à la sortie des "Fleurs du mal" : « Vos Fleurs du mal rayonnent et éblouissent comme des étoiles ». Hugo est alors à Guernesey et quand on ouvre l'exemplaire qui est dans sa bibliothèque, on se rend compte que seules les 3 premières pages ont été déchirées et donc lues...
Dans la série Hugo est un personnage qui ne manque pas de culot :
En exil à Guernesey, il avait installé sa maîtresse, Juliette Drouet, dans une maison voisine exposée de façon à ce que le matin ils puissent se saluer de la fenêtre de leur chambre.
Toujours dans cette même maison de Guernesey, il avait fait venir de nombreux ouvrages d'art, de France, afin de refaire la décoration. La partie supérieure de Hauteville House, la plus richement décorée, lui était réservée et il avait un système de miroirs dans les escaliers qui lui permettaient de voir ce qui se passait aux étages inférieurs (réservés à sa famille et bien plus modestes), sans avoir à se déplacer et être dérangé.
Tout le monde connaît la fameuse lettre envoyée à Baudelaire à la sortie des "Fleurs du mal" : « Vos Fleurs du mal rayonnent et éblouissent comme des étoiles ». Hugo est alors à Guernesey et quand on ouvre l'exemplaire qui est dans sa bibliothèque, on se rend compte que seules les 3 premières pages ont été déchirées et donc lues...
Dans la série Hugo est un personnage qui ne manque pas de culot :
En exil à Guernesey, il avait installé sa maîtresse, Juliette Drouet, dans une maison voisine exposée de façon à ce que le matin ils puissent se saluer de la fenêtre de leur chambre.
Toujours dans cette même maison de Guernesey, il avait fait venir de nombreux ouvrages d'art, de France, afin de refaire la décoration. La partie supérieure de Hauteville House, la plus richement décorée, lui était réservée et il avait un système de miroirs dans les escaliers qui lui permettaient de voir ce qui se passait aux étages inférieurs (réservés à sa famille et bien plus modestes), sans avoir à se déplacer et être dérangé.
- lulucastagnetteEmpereur
La mère de Verlaine conservait et exposait dans des bocaux ses foetus mort-nés.
- moonGrand sage
lulucastagnette a écrit:La mère de Verlaine conservait et exposait dans des bocaux ses foetus mort-nés.
Ah, celle là je l'avais oubliée! D'ailleurs Verlaine c'est offert une grande crise mystique avec retraite et tout et tout (c'est là qu'il a écrit sagesses intimes...ou liturgies intimes, je ne me rappelle plus du titre exact et je n'ai pas le courage de chercher!) après avoir envoyé son bébé tête la première contre un mur...
Euh sinon, en plus gai, c'est lequel qui promenait un homard en laisse en soirées????
- AbraxasDoyen
Extrait d'un bouquin que j'ai fait il y a… longtemps sur Maupassant :
"En 1866, en vacances, le jeune Maupassant rencontre à Etretat un Anglais, un certain Powell, qui "aimait le surnaturel, le macabre, le compliqué, tous les détraquements cérébraux", et avait baptisé sa maison "la Chaumière de Dolmancé", du nom du héros de la Philosophie dans le boudoir - n’est-il pas significatif de constater à quel point le XIXe siècle, au fur et à mesure qu’il va sur sa fin, lorgne à nouveau sur le XVIIIe, que la sentimentalité romantique avait pourtant tenté d’exorciser ? Mieux, le jeune homme sauve de la noyade "l’invité" de cet original, Charles Algernon Swinburne, poète maudit dont Maupassant, écrivain arrivé, préfacera les œuvres en 1891. L’épisode, raconté maintes fois par le chroniqueur, est par plusieurs aspects fort significatif :
"Ce M. Powel étonnait le pays par une vie extrèmement solitaire et bizarre aux yeux de bourgeois et de matelots peu accoutumés aux fantaisies et aux excentricités anglaises.
Il apprit que j’avais essayé, trop tard, de porter secours à son ami, et je reçus une invitation à déjeûner pour le jour suivant. Les deux hommes m’attendaient dans un joli jardin ombragé et frais derrière une toute basse maison normande construite en silex et coiffée de chaume. Ils étaient tous deux de petite taille. M. Powel gras, M. Swinburne maigre, maigre et surprenant à la première vue, une sorte d’apparition fantastique. C’est alors que j’ai pensé, en le regardant pour la première fois, à Edgar Poe. Le front était très grand sous des cheveux longs, et la figure allait se rétrécissant vers un menton mince ombré d’une maigre touffe de barbe. Une très légère moustache glissait sur des lèvres extraordinairement fines et serrées, et le cou qui semblait sans fin unissait cette tête, vivante par les yeux clairs, chercheurs et fixes, à un corps sans épaules, car le haut de la poitrine paraissait à peine plus large que le front. Tout ce personnage presque surnaturel était agité de secousses nerveuses. Il fut très cordial, très accueillant ; et le charme extraordinaire de son intelligence me séduisit aussitôt.
Pendant tout le déjeûner on parla d’art, de littérature et d’humanité ; et les opinions de ces deux amis jetaient sur les choses une espèce de lueur troublante, macabre, car ils avaient une manière de voir et de comprendre qui me les montrait comme deux visionnaires malades, ivres de poésie perverse et magique.
Des ossements traînaient sur des tables, parmi eux une main d’écorché, celle d’un parricide, paraît-il, dont le sang et les muscles séchés restaient collés sur les os blancs." (1891)
Déjà, dix ans plus tôt, dans une chronique du Gaulois, Maupassant, marqué à vie par cette rencontre, avait déjà donné un portrait de Swinburne qui, d’euphémisme en euphémisme, en dit long :
"L’ami était un garçon d’une trentaine d’années qui portait sur un corps d’enfant, - un corps sans poitrine et sans épaules, - une tête énorme (…) Les yeux aigus et la bouche fuyante donnaient l’impression d’une tête de reptile, tandis que le crâne magnifique éveillait l’idée du génie. Une trépidation nerveuse agitait cet être singulier qui marchait, remuait, agissait pas saccades, comme aux secousses d’un ressort détraqué (…) Sa physionomie, troublante, inquiétante même, se transfigurait quand il parlait. J’ai rarement vu un homme plus saisissant, plus éloquent, plus incisif, plus charmant dans l’action de la parole. Son imagination rapide, claire, suraiguë et fantasque, semblait glisser dans sa voix, faire vivants et nerveux les mots. Son geste à sursauts scandait sa phrase sautillante qui vous pénétrait dans l’esprit comme une pointe, et il avait soudain des éclats de pensée, comme les phares ont des éclats de feu, de grandes lumières géniales qui semblent éclairer tout un monde d’idées. La maison des deux amis était jolie et peu ordinaire. Partout des tableaux, parfois superbes, parfois étranges, fixant des conceptions d’aliénés. Une aquarelle, si je me souviens bien, représentait une tête de mort naviguant dans une coquille rose, sur un océan sans limites, sous une lune à figure humaine."
Textes presque trop transparents, tant ils sont encombrés d’images phalliques (phallus dressés, pénétrants ou châtrés), et d’allitérations serpentines et vipérines. Le mort-vivant, la liaison Eros-Thanatos, qui alimentera mainte nouvelle de Maupassant, le "trouble" d’un jeune homme confronté sans doute pour la première fois de sa vie à l’homosexualité, la "perversité", euphémisme transparent à l’époque, d’un homme qui a été "l’inventeur" le plus célèbre du "vice anglais", l’usage du fouet dans les pratiques érotiques. Le jeune athlète, qui en le sauvant avait en quelque façon frotté son corps à celui de Swinburne, n’eut guère de doutes sur ce qu’on attendait de lui, - dès la première entrevue, pleine de sous-entendus et de gravures licencieuses, dans cette villa placée sous le patronage du Divin Marquis, "l’illustre bienfaiteur" d’une "ingrate humanité". Pourtant, il y retourna, quelques jours plus tard, invité à y manger du singe - la nourriture la plus proche de l’homme, dont la consommation était sans doute le but final de ces agapes. Le rôti de "singe" "m’ôta l’envie de manger ordinairement de cet animal "… Mais à une vente aux enchères, deux ans plus tard, où l’on dispersait les divers objets de la Villa Dolmancé, Maupassant fit l’acquisition de "la hideuse main d’écorché" : il la gardera toujours sur sa table, image du parricide, de la culpabilité, de la punition, de la castration, de la vie mêlée à la mort, mais métaphore aussi de l’écriture - la propre main de Maupassant, peu à peu s’amaigrissant sous l’effet de la maladie, finira par ressembler à celle qui lui a inspiré plusieurs nouvelles - dès 1875 dans la Main d’écorché, dix ans plus tard dans la Main.
Rencontre sans doute fondamentale. De ce jour, Maupassant s’engage dans la voie somme toute assez peu fréquentée, même à l’époque, de la perversité. Textes et témoignages révèlent un goût certain pour le sadisme, une attirance pour les androgynes, comme si c’était la part homosexuelle de Maupassant qui aimait les femmes (ce thème de l’homme-fille réapparaît souvent), et une délectation morbide qui frise la nécrophilie : il suffit de relire Marocca, les Tombales, la Morte, la Tombe, la Chambre - et tant d’autres. Powell et Swinburne ont joué avec succès le rôle des instituteurs immoraux - dans la villa Dolmancé, on ne pouvait s’attendre à moins."
"En 1866, en vacances, le jeune Maupassant rencontre à Etretat un Anglais, un certain Powell, qui "aimait le surnaturel, le macabre, le compliqué, tous les détraquements cérébraux", et avait baptisé sa maison "la Chaumière de Dolmancé", du nom du héros de la Philosophie dans le boudoir - n’est-il pas significatif de constater à quel point le XIXe siècle, au fur et à mesure qu’il va sur sa fin, lorgne à nouveau sur le XVIIIe, que la sentimentalité romantique avait pourtant tenté d’exorciser ? Mieux, le jeune homme sauve de la noyade "l’invité" de cet original, Charles Algernon Swinburne, poète maudit dont Maupassant, écrivain arrivé, préfacera les œuvres en 1891. L’épisode, raconté maintes fois par le chroniqueur, est par plusieurs aspects fort significatif :
"Ce M. Powel étonnait le pays par une vie extrèmement solitaire et bizarre aux yeux de bourgeois et de matelots peu accoutumés aux fantaisies et aux excentricités anglaises.
Il apprit que j’avais essayé, trop tard, de porter secours à son ami, et je reçus une invitation à déjeûner pour le jour suivant. Les deux hommes m’attendaient dans un joli jardin ombragé et frais derrière une toute basse maison normande construite en silex et coiffée de chaume. Ils étaient tous deux de petite taille. M. Powel gras, M. Swinburne maigre, maigre et surprenant à la première vue, une sorte d’apparition fantastique. C’est alors que j’ai pensé, en le regardant pour la première fois, à Edgar Poe. Le front était très grand sous des cheveux longs, et la figure allait se rétrécissant vers un menton mince ombré d’une maigre touffe de barbe. Une très légère moustache glissait sur des lèvres extraordinairement fines et serrées, et le cou qui semblait sans fin unissait cette tête, vivante par les yeux clairs, chercheurs et fixes, à un corps sans épaules, car le haut de la poitrine paraissait à peine plus large que le front. Tout ce personnage presque surnaturel était agité de secousses nerveuses. Il fut très cordial, très accueillant ; et le charme extraordinaire de son intelligence me séduisit aussitôt.
Pendant tout le déjeûner on parla d’art, de littérature et d’humanité ; et les opinions de ces deux amis jetaient sur les choses une espèce de lueur troublante, macabre, car ils avaient une manière de voir et de comprendre qui me les montrait comme deux visionnaires malades, ivres de poésie perverse et magique.
Des ossements traînaient sur des tables, parmi eux une main d’écorché, celle d’un parricide, paraît-il, dont le sang et les muscles séchés restaient collés sur les os blancs." (1891)
Déjà, dix ans plus tôt, dans une chronique du Gaulois, Maupassant, marqué à vie par cette rencontre, avait déjà donné un portrait de Swinburne qui, d’euphémisme en euphémisme, en dit long :
"L’ami était un garçon d’une trentaine d’années qui portait sur un corps d’enfant, - un corps sans poitrine et sans épaules, - une tête énorme (…) Les yeux aigus et la bouche fuyante donnaient l’impression d’une tête de reptile, tandis que le crâne magnifique éveillait l’idée du génie. Une trépidation nerveuse agitait cet être singulier qui marchait, remuait, agissait pas saccades, comme aux secousses d’un ressort détraqué (…) Sa physionomie, troublante, inquiétante même, se transfigurait quand il parlait. J’ai rarement vu un homme plus saisissant, plus éloquent, plus incisif, plus charmant dans l’action de la parole. Son imagination rapide, claire, suraiguë et fantasque, semblait glisser dans sa voix, faire vivants et nerveux les mots. Son geste à sursauts scandait sa phrase sautillante qui vous pénétrait dans l’esprit comme une pointe, et il avait soudain des éclats de pensée, comme les phares ont des éclats de feu, de grandes lumières géniales qui semblent éclairer tout un monde d’idées. La maison des deux amis était jolie et peu ordinaire. Partout des tableaux, parfois superbes, parfois étranges, fixant des conceptions d’aliénés. Une aquarelle, si je me souviens bien, représentait une tête de mort naviguant dans une coquille rose, sur un océan sans limites, sous une lune à figure humaine."
Textes presque trop transparents, tant ils sont encombrés d’images phalliques (phallus dressés, pénétrants ou châtrés), et d’allitérations serpentines et vipérines. Le mort-vivant, la liaison Eros-Thanatos, qui alimentera mainte nouvelle de Maupassant, le "trouble" d’un jeune homme confronté sans doute pour la première fois de sa vie à l’homosexualité, la "perversité", euphémisme transparent à l’époque, d’un homme qui a été "l’inventeur" le plus célèbre du "vice anglais", l’usage du fouet dans les pratiques érotiques. Le jeune athlète, qui en le sauvant avait en quelque façon frotté son corps à celui de Swinburne, n’eut guère de doutes sur ce qu’on attendait de lui, - dès la première entrevue, pleine de sous-entendus et de gravures licencieuses, dans cette villa placée sous le patronage du Divin Marquis, "l’illustre bienfaiteur" d’une "ingrate humanité". Pourtant, il y retourna, quelques jours plus tard, invité à y manger du singe - la nourriture la plus proche de l’homme, dont la consommation était sans doute le but final de ces agapes. Le rôti de "singe" "m’ôta l’envie de manger ordinairement de cet animal "… Mais à une vente aux enchères, deux ans plus tard, où l’on dispersait les divers objets de la Villa Dolmancé, Maupassant fit l’acquisition de "la hideuse main d’écorché" : il la gardera toujours sur sa table, image du parricide, de la culpabilité, de la punition, de la castration, de la vie mêlée à la mort, mais métaphore aussi de l’écriture - la propre main de Maupassant, peu à peu s’amaigrissant sous l’effet de la maladie, finira par ressembler à celle qui lui a inspiré plusieurs nouvelles - dès 1875 dans la Main d’écorché, dix ans plus tard dans la Main.
Rencontre sans doute fondamentale. De ce jour, Maupassant s’engage dans la voie somme toute assez peu fréquentée, même à l’époque, de la perversité. Textes et témoignages révèlent un goût certain pour le sadisme, une attirance pour les androgynes, comme si c’était la part homosexuelle de Maupassant qui aimait les femmes (ce thème de l’homme-fille réapparaît souvent), et une délectation morbide qui frise la nécrophilie : il suffit de relire Marocca, les Tombales, la Morte, la Tombe, la Chambre - et tant d’autres. Powell et Swinburne ont joué avec succès le rôle des instituteurs immoraux - dans la villa Dolmancé, on ne pouvait s’attendre à moins."
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